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Culture

Pascal Moguérou, qui dessine les fées

Pascal Moguérou est l’un des plus célèbres illustrateurs de contes de fées, dont la popularité a traversé les frontières de la France – il est connu de l’Amérique à la Russie, mais il préfère vivre dans le petit monde de sa Bretagne natale, elfes, sirènes et fées.

Sur son métier

Pour autant que je me rappelle j’ai toujours dessiné! Plus sérieusement, mon premier choc graphique fut vers treize ans, quand, à travers la vitrine d’une librairie, je suis tombé en arrêt devant un livre qui retraçait l’oeuvre d’un illustrateur, qu’à l’époque, je ne connaissais pas: Frank Frazetta (peintre et illustrateur américain – NDR). J’ai surmonté ma timidité et je suis entré dans la librairie… Quand j’ai ouvert ce livre où s’étalaient ces illustrations dantesques, j’ai su que c’était ce que je voulais faire plus tard! Je ne savais pas, bien sûr, que le chemin serait si long… Dès cet instant, il a été sans le savoir, mon mentor, et cela est toujours vrai aujourd’hui, même si, avec le temps, d’autres «professeurs» sont venus le rejoindre pour parfaire mon éducation…

Ça peut paraître bizarre, mais je suis devenu «professionnel» un peu sans m’en rendre compte. J’avais réalisé les illustrations du livret du premier CD de ma compagne. Il se trouvait que la maison de production avec laquelle elle avait signé était également éditrice de livres. Un jour, l’éditeur m’a simplement demandé si ça m’intéressait de leur réaliser des couvertures de livres, et j’ai dit oui! Aussi simple que ça!… Une espèce d’effet «boule de neige» s’est très vite enclenché et m’a entraîné dans une spirale de production où le flemmard dilettante que j’étais à l’époque a dû se transformer en besogneux assidu! Le pas était franchi. Après les couvertures seules, c’est au coeur des pages que j’ai posé mes dessins.

Je ne savais pas que mes dessins avaient rencontré les lecteurs russes, ou du moins les internautes. Ça fait chaud au coeur! Mon prochain livre «Sombres Féeries» aux Éditions du Lombard parlera des fées noires, des êtres maléfiques et s’il y a un personnage fascinant dans la littérature russe que je connais, c’est Baba Yaga!

Sur la Bretagne et son «petit peuple»

La Bretagne, ce bout de granit baigné par l’océan, au bord du monde, est une terre de légendes depuis toujours… Et c’est vrai que j’éprouve pour ma terre un véritable amour!
En Bretagne, le mot «Korrigan» désigne beaucoup de créatures, du plus gentil au plus malfaisant: le Korril vit dans les landes désolées, le Kornikaned au fond des vastes forêts, le Teuz vit dans la maison des hommes, le Tud-Gommon au bord des grève… Toutes ces espèces de lutins sont des Korrigans, et il en existe tellement d’autres encore.

J’ai une affection particulière pour les arbres et la forêt en général. Au cœur de cet univers si dense et mystérieux, j’aime faire évoluer mes personnages, qu’ils soient lutins ou fées – j’aime développer pour chacun des qualités et défauts propres à son engeance, alors dire qu’un seul sort du lot. J’ai du plaisir à dessiner chaque personnage, mais il est vrai qu’une petite lutine aura toujours à mes yeux plus de charmants attraits que ne pourra rêver d’avoir le plus achevé des korrigans.

Sur personnage folklorique préféré

Ce ne sera pas forcément une fée ou un Korrigan. À bien y réfléchir, j’aime le personnage fantastique qu’est l’Ankou. Celui qu’on appelle en Bretagne, «le charretier de la mort»… Loin du personnage terrifiant qu’il semble être, j’y vois plutôt un être qui accomplit sa tâche avec persévérance, toute lugubre qu’elle soit, sans faillir. Il a la charge des morts qu’il vient chercher pour les mener vers l’au-delà, ceux qu’on appelle par ici, les Anaon. Malheur à celui qui entend, dans la nuit, le bruit grinçant des roues de la charrette de l’Ankou, car il mourra dans l’année !

Sur les rencontres avec des créatures légendaires

Il est vrai que cette terre de Bretagne fourmille de «Bugale an noz» (les enfants de la nuit) , mais il faut être très discret et ne pas faire le moindre bruit si l’on veut espérer surprendre l’un d’eux par surprise. J’ai ressenti des choses alors qu’en bon chasseur de champignons. Je passe des heures perdu au fond des bois en Automne, comme des «présences» autour de moi, ou un véritable bien-être qui vous environne tout à coup ! J’ai souvent la visite de grandes libellules ou de souris dans mon atelier, on dit que ce sont les destriers des fées. Alors qui sait!? Mais je n’ai jamais eu la chance d’apercevoir l’un d’eux en chair et en os. Je dois faire trop de bruit, comme l’humain lourdaud que je suis…



Publié dans « 5ème République » №11 – abonnez-vous au magazine

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