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Culture

Invader Artiste: Je fais partie des gens qui croient à l’OVNI

Invader cache son visage, croyant que pour lui tout sera dit par ses œuvres. Et non seulement les « envahisseurs de l’espace », aka Space Invaders, qui « ont donné » le pseudonyme à l’artiste, mais aussi de nombreux autres personnages.

Mon art ne parait pas ni politique, ni provoquant ni agressive. Si on prend en considération le fait que mes objets sont effectués le plus souvent sans accord formel préalable, mais je suis quand même «invader».

Ce pseudonyme est également le nom du projet artistique en lui-même et des créatures que je pose. Choisi un peu par facilité au départ, il s’est révélé être efficace puisqu’il définit ce que je fais. L’invasion c’est l’acte qui est plus vaste, donc Space Invader peut être traduit par Envahisseur venu de l’Espace ou Envahisseur d’Espaces.

Le programme d’invasion l’espace consiste tout d’abord à libérer l’Art de ses carcans que sont les musées et les institutions. C’est ça le concept de l’art l’urbain. Mais il s’agit aussi de libérer les Space Invaders de leurs écrans de jeux vidéo pour les amener dans notre propre réalité. J’ai eu l’idée de déployer mes créations sur les murs de Paris puis les villes du monde entier.

Ce n’était pas un hasard, pourquoi j’ai choisi le style de 8-bit. J’aime beaucoup les premiers jeux vidéos, ils étaient très minimalistes et abstraits. Aujourd’hui ils se limitent généralement à des prouesses hyperréalistes, alors que les premiers jeux vidéos étaient beaucoup plus intéressants car ils inventaient une autre réalité. Aussi le pixel représente l’unité de base des images numériques, et donc aussi de la révolution numérique. Vu que nous vivons dans l’ère numérique, l’ordinateur est aujourd’hui inséparable de l’activité humaine, avec ses promesses mais aussi ses dangers et ses limites. Mosaïque c’est vraiment l’art qui fait à là main. En utilisant la mosaïque j’ai finalement crée un lien entre notre passé et notre présent.

Je suis fan des jeux vidéo. Est finalement mon jeu préféré c’est celui que j’ai mis en place! Arpenter le monde et l’envahir ! Sinon il y a aussi «FlashInvader» l’appli pour smartphone qui demande aux joueurs de parcourir le monde à leur tour.

Beaucoup de gens pensent que nous sommes un groupe qui pose des space invaders dans le monde entier. Pourtant je travaille seul, mais j’ai beaucoup voyagé et ce projet est mon activité principale depuis 20 ans. Je ne fais partie d’un groupe, malgré le fait que c’est plus facile d’envahir l’espace avec l’aide d’équipe. Il existe aussi d’autres personnes à Paris ou ailleurs, qui, de leur propre initiative, se sont mis à leur tour à poser des mosaïques dans les rues de leur ville. Ces initiatives sont tout à fait indépendantes de ma volonté mais il est agréable de constater que, d’une certaine manière, j’ai fait école. Je suis fière de savoir que je possède ma propre signature.

Je reste toujours anonyme. Je ne révèle pas mon identité pour des raisons légales mais aussi parce que je pense que mon œuvre est plus importante que mon nom.
Je n’ai pas de fierté et pas de problème avec mon ego d’artiste. J’y gagne également une liberté et une tranquillité qui n’ont pas de prix.

Je choisi bien les endroits où je mis mes œuvres. Concernant le choix des villes, il s’agit bien souvent d’une invitation à exposer, puis j’en profite pour envahir la ville en question. D’une pierre deux coups comme on dit. Par exemple au Brésil je participais à une exposition de groupe dans un musée. Concernant les spots, je me base sur plusieurs critères : j’aime les emplacements « stratégiques » où beaucoup de monde passe et, paradoxalement, j’aime aussi les lieux plus confidentiels, presque cachés. Pour résumer, disons que les critères déterminants sont d’ordre photogéniques, architecturaux, symboliques et cartographiques.

Mon genre principal c’est de la mosaïque. Parce qu’il s’agit d’un matériau parfait pour être utilisé sur des surfaces urbaines extérieures. C’est inaltérable et les couleurs ne se ternissent pas avec le temps. Déjà au XVème siècle, le céramiste Domenico Ghirlandaio déclarait : « La vera pittura per l’éternisa essaie il mosaico » (la vraie peinture pour l’éternité est la mosaïque). Enfin, parce que c’est carré et ça ressemble à du pixel. Cela crée un pont entre deux éléments à priori très éloignés : la mosaïque traditionnelle qui est une technique très ancienne et la trame numérique qui est, quand à elle, on ne peut plus contemporaine.

Je sais que suis assez connu en Russie, mais pour moi c’est une terra incognita, Je n’ai encore jamais été en Russie! Je ne suis pas assez au courant de ce qui se passe dans la culture de street-art là-bas. Mais je suis inspiré par le monde qui m’entoure, donc j’attend la bonne occasion d’y aller.

Contrairement à beaucoup d’artistes de street-art je ne fais pas de collaborations. Pour moi collaborer avec des marques c’est perdre des points plutôt qu’en gagner. C’est peut-être puérile mais je me méfie du grand capital! Je préfère l’aspect underground des choses. Cependant, malgré le fait que street-art a toujours l’esprit un peu rebelle, les réactions négatives sont finalement assez rares. C’est vrai que l’attitude des gens envers le street art a évolué. Pendant des années on ne nous prenait pas au sérieux, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui.

Je fais partie des gens qui croient à l’OVNI. Je pense que l’univers est assez vaste pour contenir d’autres formes de vie que la nôtre. Ceci dit je ne suis pas spécialiste en la matière.

Publié dans « 5ème République » №9 – abonnez-vous au magazine

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