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Culture

Marika Rivera – la petite ballerine

Elle n’était pas d’une beauté classique. Mais il y avait dans ses traits un fascinant et incroyable mélange de sang qui la rendait attirante. La fille de l’artiste russe Marie Vorobieff Stebelska, mieux connue sous le nom de Marevna et généralement considérée comme la première femme peintre cubiste au monde, et du célèbre peintre mexicain Diego Rivera. Oui oui, c’est bien celui qui était marié à Frida Kahlo.

Lorsque Marika est née à Paris le 13 novembre 1919, Diego Rivera était déchiré entre ses deux maîtresses russes et repoussait tantôt l’une, tantôt l’autre : Angelina Beloff, la mère de son fils, et Marevna Vorobieff, la mère de Marika. Il n’a jamais publiquement reconnu Marika, c’est pour cette raison que Picasso le rendait jaloux en caressant le ventre de Marevna pendant sa grossesse en disant que l’enfant était de lui.

Marika grandit au cœur du milieu artistique de cette ville, dans un bâtiment circulaire connu sous le nom de La Ruche dans le quartier de Montparnasse. Cette cité d’artistes était un lieu de vie et de création pour Modigliani, Soutine, Brancusi, Archipenko, Zadkine et beaucoup d’autres… Marika, depuis son plus jeune âge, observait la vie trépidante des artistes : elle connaissait l’amour passionné, presque maladif, de sa mère envers son père, l’amour de Picasso pour sa mère, les liens incertains entre Amadeo Modigliani et sa mère, elle fut témoin de la prise des médicaments d’Edith Piaf avant son entrée sur scène, et enfin, elle ne connut jamais l’amour de son propre père.

Lorsque le dernier décida de retourner au Mexique en 1921, parce que son père était mourant, Rivera a promis d’envoyer quelqu’un pour venir chercher Marevna et Marika une fois que sa situation financière se serait rétablie. Il ne le fit jamais. Il écrivit plus tard : « Pendant des années, [Marika] m’a écrit des lettres et m’a envoyé des photos dans l’espoir de faire fondre mon vieux cœur de pierre. Je n’ai jamais répondu. »
Marika eut une scolarité sporadique ; c’était un enfant autoritaire avec un tempérament fort. C’est Isadora Duncan qui lui apprit à danser à l’âge de trois ans. Sa première apparition sur scène, elle la fit à cinq ans.

Elle épousa jeune le peintre décorateur et illustrateur Jean-Paul Brusset, un ami et collaborateur de Jean Cocteau. Après avoir été formée principalement au ballet, elle rejoignit les acteurs de divertissement des forces françaises en Afrique du Nord dans les premiers jours de la deuxième guerre mondiale.

A Alger, Brusset aida Marika, cette beauté sculpturale brune, à intégrer la troupe du théâtre, où il était décorateur, en tant qu’actrice. Ce métier réussit à la jeune femme et elle devint rapidement une actrice bien connue. Partout où elle suivit son mari, celui-ci lui trouva des occupations grâce à ses contacts. Elle fut ainsi à une époque une habituée des émissions de radio Voice of America.

Malgré la présence du fils commun, Jean Brusset, après la guerre, ils divorcèrent, et quelques années plus tard, elle rencontra son second mari, Rodney Phillips, éditeur du magazine d’art « Polemic ». Ensemble, en 1949 ils eurent un fils, qu’ils appelèrent David, et s’installèrent en Angleterre, dans un manoir près de Dorchester. Tout comme sa mère, Marika organisa et participa à toute sorte de fêtes et de soirées. Elle fut également modèle pour le photographe Angus McBean et amusa les villageois de Puddletown en dansant pieds nus sur la pelouse, vêtu d’une robe flottante. Elle fit très vite le tour des attraits de la vie en banlieue anglaise.

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Son mari embaucha alors une troupe de théâtre pour elle dans le West End de Londres afin de divertir 400 amis en effectuant 12 danses en costumes tourbillonnants qu’elle-même avait conçus; elle apparut également dans la Royal Command Performance en 1953.

Quand leur mariage tombe en panne, elle prend la décision de suivre des cours de théâtre à l’école de Margaret Rutherford, où elle parfait son anglais.

Puis on l’aperçoit fréquemment dans la troupe des acteurs amateurs « Players », elle donne aussi une très belle performance en tant que maîtresse française dans la pièce comique « Valise diplomatique » au théâtre de Wyndham, où elle a souvent été fortement applaudie et acclamée par le public. De retour à Paris, elle joue un one-woman-show au Café Théâtre de Marika à Montmartre.

Sa personnalité dynamique et son talent hors pair ont évidemment gagné les écrans de cinéma. Parmi les films où le jeu de Marika est remarquable, citons : «Casanova» de Fellini, « Voyage of the Damned» et « Fiddler on the Roof », avant de passer à des rôles plus importants dans «Hôtel du Paradis» (1986) et « Vincent – La vie et la mort de Vincent Van Gogh » (1987).

Marika n’a pas utilisé sa dernière chance de réconciliation avec son père. Quand, en 1957, Diego Rivera, mourant, lui demande de le rejoindre au Mexique, elle s’y refuse, parce que sa mère n’a pas été invitée, décision qu’elle regrettera par la suite.

Plus tard, elle repensera souvent à un éventuel voyage au Mexique, bien qu’elle ne conserve pas de souvenirs agréables de son dernier séjour (elle se sentait rejetée par les deux filles de Rivera de son second mariage avec Guadalupe Marín). Son véritable rêve était d’aller à la belle chapelle de Chapingo se trouvant à côté de la ville de Mexico, dont Diego Rivera avait, selon elle, peint les murs et le plafond avec des images inspirées par Marika et Marevna.

Marika Rivera s’est battue sans cesse pour une reconnaissance plus large du talent de sa mère décédée en 1984. Elle a été finalement ravie d’être présente en 2006 à l’ouverture dans le Dorset de la galerie spécialement dédiée aux œuvres de Marevna. C’est là, près des créations de sa mère, que cette grande dame déterminée et courageuse et cette petite ballerine en éternelle quête d’amour, a trouvé la paix et s’est éteinte en janvier 2010.

Publié dans le magazine «5ème République» №7 – acheter un numéro ou télécharger PDF

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